La dernière reine des Comores Ursule fatima a quitté le trône pour son amoureux Français. C’est votre histoire!


Le 9 août 1964, dans le village de Pesmes, en Haute-Saône (Franche-Comté), s’éteignit Ursule Salima Machamba, dernière reine de Mohéli (1), familièrement surnommée « la reine en sabots. Elle avait 90 ans.



Ursule Salima Machamba bint Saidi Hamadi Makadara (son état-civil complet) vit le jour au mois de novembre 1874 dans l’île de Mohéli. Elle était de la dynastie merina par sa mère, Djoumbé Fatima, reine de Mohéli, elle-même fille du sultan Abderrémane, cousin de Ranavalona 1ère, reine de Madagascar.
Son père, époux morganatique de la reine, était Emile Fleuriot de Langle, fils de l’Amiral de la flotte française. Djoumbé Fatima, reine de Mohéli, mourut en 1878, à l’âge de 42 ans. Sa fille Ursule Salima, âgée de 4 ans, devint la nouvelle reine de Mohéli, mais, étant mineure, elle ne régna pas. La régence fut assurée par son demi-frère Abderrahman Ben Saïd, proclamé Sultan de Mohéli, puis par Mohammed Ben Cheik Moukdar, qui lui succéda comme Sultan. Moukdar accepta la présence de la France sur l’île et en 1886 Mohéli devint protectorat français.

Ursule Salima fut officiellement Reine de Mohéli, de 1888 à 1909. Mais le 1er novembre 1889 (la princesse, alors âgée de 15 ans, résidait à Mayotte), Monsieur Papinaud, gouverneur de Mayotte, représentant du protectorat français aux Comores, adressa une lettre au gouverneur de la Réunion, dans laquelle il lui annonçait l’arrivée prochaine de la princesse : sur l’avis du Conseil de santé, le Gouverneur avait décidé de placer la jeune reine au Pensionnat de l’Immaculée Conception, à Saint-Denis-de-la-Réunion, tant pour raisons de santé que pour son instruction. La jeune reine fut donc prise en charge par l’institution de l’Immaculée Conception à Saint-Denis, relayée par les Sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny à la Montagne. De religion musulmane à l’origine, Ursule Salima fut ainsi convertie au catholicisme et, au fil des années, perdit peu à peu l’usage de sa langue maternelle.



En 1900, au cours d’une promenade dans Saint-Denis, Ursule Salima fit la connaissance d’un gendarme français, âgé de 33 ans, originaire de Bourgogne. Elle avait 26 ans. Ce fut le coup de foudre : elle en tomba éperdument amoureuse.
Il s’appelait Camille Paule (comme le prénom féminin). Quand Ursule Salima fit part au Gouverneur de son intention d’épouser le gendarme, ce fut une affaire d’Etat : le gouvernement français y vit surtout l’opportunité d’éloigner la jeune reine de son trône et de son île natale, en lui faisant valoir que la reine de Mohéli ne saurait épouser un gendarme français. Il lui fallait choisir entre son royaume et ses sentiments personnels. Ursule Salima n’hésita pas longtemps : elle choisit d’épouser Camille Paule.
Le mariage eut lieu le 28 août 1901, dans l’église de la Cathédrale à Saint-Denis. Le Petit Journal du 29 août ne manqua pas de relater l’événement : une foule envahit la Cathédrale et ses abords et fit une ovation aux mariés. La reine portait « une somptueuse toilette de satin broché ». Vingt-et-un coups de canon saluèrent l’événement. Camille Paule dut démissionner mais reçut en compensation la médaille militaire ainsi que le grade de maréchal-des-logis-chef. Par ailleurs, obligation fut faite au couple de quitter définitivement la zone de l’Océan Indien (aussi bien la Réunion que Mohéli et les autres îles de l’archipel des Comores). L’Etat français octroya à la reine une pension de 3 000 francs.

C’est ainsi qu’en 1902 la reine de Mohéli alla s’installer avec son mari dans une ferme du village de Cléry, en Bourgogne, à côté de Dijon, pour se reconvertir dans la culture, le jardinage et l’élevage de volailles. De là lui vint le surnom familier de « reine en sabots ». Elle eut trois enfants : une fille, Louise, Princesse de Mohéli, et deux garçons, Louis et Fernand, tous deux Princes de Mohéli. Tout au long de sa vie Ursule Salima Machamba ne cessa de multiplier les démarches pour qu’on lui laisse la possibilité de retourner à Mohéli, mais elle n’obtint jamais satisfaction.
Le gendarme Camille Paule décéda en 1946, à l’âge de 79 ans. 
Veuve à 72 ans, Ursule Salima dut vendre la ferme de Cléry pour aller s’installer chez sa fille, Madame Louise Jacques, dans le village voisin de Pesmes, en Franche-Comté. C’est là qu’elle rencontra en 1963 (elle avait 89 ans) le Général de Gaulle, Président de la République, qui effectuait un déplacement dans la région. Elle lui remit une requête pour que l’Etat français veuille bien augmenter sa pension, mais elle mourut l’année suivante, le 9 août 1964. Elle fut enterrée à l’église de Saint-Hilaire, à Pesmes.

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